Une biométrie devenue centrale dans les parcours bancaires
Depuis plusieurs années, les banques et fintechs ont massivement intégré la biométrie dans leurs parcours clients.
Empreinte digitale (Touch ID), reconnaissance faciale (Face ID), reconnaissance vocale : ces technologies sont devenues des mécanismes d’authentification courants, en particulier sur mobile.
Leur promesse est simple :
👉 renforcer la sécurité tout en améliorant l’expérience utilisateur.
Mais face à l’essor des fraudes basées sur l’IA, une question devient centrale :
ces technologies sont-elles réellement adaptées aux nouveaux scénarios d’attaque ?
Touch ID : une sécurité locale robuste… mais contextuelle
Comment fonctionne Touch ID sur le plan technique
Touch ID repose sur la capture des minuties d’une empreinte digitale, stockées sous forme de template biométrique chiffré dans une enclave sécurisée du terminal (Secure Enclave).
Points clés :
Les données biométriques ne quittent jamais l’appareil
La comparaison est effectuée localement
Aucune image brute n’est stockée
Limites face à la fraude bancaire
Touch ID est robuste contre les attaques distantes, mais présente des limites :
L’empreinte digitale peut être exploitée si le terminal est compromis
Elle ne permet pas de vérifier le contexte de l’action (pression sociale, fraude au président, manipulation)
Elle ne distingue pas un usage légitime d’un usage frauduleux sous contrainte
Dans un scénario de fraude, Touch ID valide l’identité biométrique, pas l’intention.
Face ID : une technologie avancée… mais exposée à de nouveaux risques
Fonctionnement technique de Face ID
Face ID repose sur une modélisation 3D du visage, combinant :
projection infrarouge,
cartographie de profondeur,
analyse des micro-mouvements.
Apple intègre des mécanismes de détection de vivacité (liveness detection) pour éviter les attaques par photo ou vidéo simple.
Nouvelles failles dans un contexte de deepfakes
Avec l’émergence :
des deepfakes faciaux,
des avatars 3D temps réel,
de la génération de visages synthétiques,
les attaques évoluent.
Même si Face ID reste très résistant pour un usage grand public, il :
n’est pas conçu pour des menaces ciblées et industrielles,
n’intègre pas nativement une analyse comportementale ou contextuelle,
peut être contourné si l’attaquant contrôle le terminal ou l’environnement.
Biométrie ≠ authentification forte au sens bancaire
Un point souvent mal compris :
👉 la biométrie seule ne constitue pas une authentification forte suffisante pour les opérations sensibles.
Les régulateurs et les autorités rappellent que :
la biométrie est un facteur d’authentification,
mais doit être combinée à d’autres éléments (possession, comportement, contexte).
Dans les fraudes récentes, l’attaquant ne “casse” pas la biométrie :
il l’utilise.
Les scénarios de fraude observés dans le secteur financier
Les attaques les plus efficaces combinent aujourd’hui :
ingénierie sociale,
manipulation émotionnelle,
usurpation vocale ou faciale,
validation biométrique par la victime elle-même.
Résultat :
✔️ l’authentification passe
❌ la fraude réussit
Vers une biométrie augmentée et contextualisée
Les établissements financiers les plus avancés évoluent vers des modèles hybrides :
biométrie + analyse comportementale,
détection d’anomalies transactionnelles,
scoring de risque en temps réel,
confirmation hors canal pour les opérations sensibles.
La question n’est plus :
“La biométrie fonctionne-t-elle ?”
mais :
“Dans quel contexte et avec quelles protections complémentaires ?”
Enjeux pour les banques et assurances
Pour les directions de la sécurité, des risques et de la conformité, la question n’est plus de savoir si la biométrie fonctionne, mais dans quelles conditions elle reste pertinente face aux nouvelles formes de fraude.
Les retours d’expérience partagés par les institutions financières, mais aussi par des organismes comme l’ENISA, la Banque de France ou encore le FBI dans ses rapports annuels sur la cybercriminalité, convergent vers le même constat : la biométrie grand public est souvent surévaluée dans les parcours sensibles.
Les attaques observées ces deux dernières années montrent que les fraudeurs ne cherchent plus systématiquement à contourner les dispositifs techniques. Ils exploitent plutôt le facteur humain, en s’appuyant sur des scénarios crédibles, parfois renforcés par des deepfakes vocaux ou visuels, pour amener les victimes à valider elles-mêmes une action pourtant frauduleuse. Dans ce contexte, la biométrie devient un maillon de la chaîne, mais plus une garantie absolue.
Cela oblige les établissements à faire évoluer leurs scénarios de risque, notamment ceux liés à la fraude assistée par IA, encore peu intégrés dans certaines cartographies. Plusieurs groupes bancaires européens ont d’ailleurs commencé à adapter leurs modèles en combinant biométrie, analyse comportementale et détection contextuelle, tout en renforçant la formation des équipes métiers et IT à ces attaques dites « sans malware », désormais majoritaires selon plusieurs CERT sectoriels.
Enfin, l’enjeu porte aussi sur l’expérience client : sécuriser davantage sans créer de frictions excessives, tout en acceptant que certaines opérations à fort enjeu nécessitent des contrôles supplémentaires, y compris hors canal.
Pour aller plus loin...
La biométrie demeure un levier technologique puissant et largement adopté, mais elle ne peut plus être pensée comme un mécanisme autonome. Les évolutions récentes de l’IA générative — qu’il s’agisse de clonage vocal, d’usurpation faciale ou de manipulation comportementale — imposent une approche plus globale de la confiance numérique.
Les travaux menés au sein des groupes de réflexion du Forum des Compétences mettent en avant l’importance de croiser les signaux : identité, comportement, contexte, historique transactionnel et niveau de risque global. Cette approche, déjà encouragée par certaines autorités européennes et par les régulateurs du secteur financier, repose également sur une coopération accrue entre acteurs, notamment via le partage d’alertes, de scénarios de fraude et de retours d’incident.
Au-delà des outils, la résilience passe par une lecture lucide des limites technologiques. La sécurité ne se décrète pas par un capteur biométrique, mais se construit dans la durée, par la gouvernance, la formation, et la capacité collective à anticiper des menaces en constante mutation.
La biométrie est reconnue comme un facteur d’authentification, mais elle ne constitue pas à elle seule une authentification forte au sens réglementaire.
Dans les cadres européens (DSP2, RTS SCA, DORA), une authentification forte repose sur la combinaison d’au moins deux facteurs indépendants parmi la connaissance, la possession et l’inhérence.
La biométrie relève de l’inhérence, mais doit être associée à un autre facteur pour les opérations sensibles.
Touch ID repose sur la reconnaissance d’empreintes digitales, tandis que Face ID s’appuie sur une modélisation tridimensionnelle du visage combinée à des mécanismes de détection de vivacité.
Face ID offre généralement une meilleure résistance aux attaques simples (photos, vidéos), mais les deux technologies partagent une caractéristique commune : la validation est locale au terminal et ne permet pas d’analyser l’intention ou le contexte de l’utilisateur.
Non.
Dans les implémentations standards sur smartphones, les données biométriques sont stockées sous forme de templates chiffrés dans une enclave sécurisée du terminal.
Les applications bancaires n’ont jamais accès aux données biométriques brutes et ne reçoivent qu’un signal de validation ou de refus.
La biométrie vérifie une identité, pas une intention.
Dans de nombreux scénarios récents, l’utilisateur légitime valide lui-même une action sous l’effet :d’une manipulation psychologique,
d’un deepfake vocal ou visuel crédible,
d’une pression hiérarchique ou émotionnelle.
Dans ces cas, la biométrie fonctionne techniquement, mais ne permet pas de détecter la fraude.

